Le Film d'Animation Asiatique (1/2)

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(Compte rendu du stage à la BDP)

en Jaune les Films disponibles à la Médiathèque

 

 

Petit historique :

 

  •   OSAMU TEZUKA

 

Tout commence en 1963, lorsque Osamu TEZUKA (le « Dieu du manga ») décide de faire des dessins animés sous forme de feuilleton et sort Astro le Petit Robot.

A l’époque concevoir un dessin animé prend beaucoup de temps, il parait très difficile techniquement de vouloir créer un feuilleton. Tezuka révolutionne le dessin animé (tout comme il l’a fait avec le manga) en imaginant de nouveaux procédés qui permettent aux animateurs d’aller plus vite. Par exemple lorsqu’un personnage parle, on ne va animer que sa bouche, ou même le faire parler de dos, c’est autant de travail en moins...

 

 

  •  Les Studios TOEÏ

 

Face au succès de Astro, d’autres studios se lancent dans la création de séries pour la télévision. Le plus connu est le studio TOEÏ, qui encore aujourd’hui est le plus gros producteur de dessins animés au Japon. Au départ producteur de films, il se lance après la Seconde Guerre Mondiale dans la production de films d’animation. En 1953 sort le premier long métrage japonais en couleur : Le Serpent Blanc, qui a inspiré de nombreux animateurs, dont Miyazaki…

L’âge d’or des studios TOEÏ va jusqu’au milieu des années 1970. Les thèmes abordés dans les  films d’animation sont surtout familiaux, et plutôt destinés aux enfants, souvent inspirés de contes et légendes asiatiques, ou même européens… A partir du milieu des années 1970, avec le développement de la télévision dans les foyers, et plus tard de la vidéo, les Japonais vont moins au cinéma, les films pour enfants ne fonctionnent plus trop. Dès les années 1965 apparaissent les premiers dessins animés en couleur pour la télévision.

 

  •   Les Films pour Adolescents

 

Les films pour enfants ne fonctionnant plus, le relais va être pris par les films pour adolescents… En 1979 sort au cinéma le film d’animation Galaxy Express 999 tiré du manga de Leiji MATSUMOTO. Il remporte un très grand succès auprès des adolescents. Les studios s’intéressent alors à ce nouveau public. Les années 1980 voient l’émergence de nombreux auteurs :

RINTARO (Galaxy Express 999) OTOMO (Akira), OSHII (Ghost in the Shell), MIYAZAKI (Le Château de Cagliostro, 1979, Nausicä, 1984)

En 1971 est diffusée la première série véritablement destinée à un public plus adulte Lupin III (en Français Edgard la Cambriole). Cette série n’est pas plébiscitée, mais est aujourd’hui culte, notamment parce que Miyazaki et Takahata ont participé au projet. En 1977 est créée une deuxième version qui cette fois remportera un très grand succès. L’année suivante, on confie alors à Hayao MIYAZAKI la réalisation du film tiré de cette série : le Château de Cagliostro, c’est son premier film en tant que réalisateur.

Le marché du film d’animation se porte alors très bien. Au Box Office du cinéma japonais les films d’animation sont souvent très bien représentés (encore aujourd’hui). La production est totalement tourné vers le marché local. Les Japonais produisent pour les Japonais, ils n’exportent pas.

 

  •   Le Marché de la Vidéo

 

Dans les années 1980, l’arrivée de la cassette vidéo va permettre l’émergence d’un nouveau marché, celui de l’OAV (Original Animation Vidéo). Des films d’animation sont créés spécialement pour la vidéo. Les OAV sont un bon compromis entre le cinéma et la télévision. Les histoires sont plus complexes et de meilleure qualité que celles de la télévision, sans avoir toute la lourdeur de production que peut avoir un long métrage. La première OAV sort vers 1983, et durant les années 1980, une dizaine de titres sortent par an. Par exemple, Les Chroniques de la guerre de Lodoss.

Les trois médias (cinéma, télévision, OAV) cohabitent parfaitement jusqu’aux années 2000.

 

  •   Nouveaux Marchés : Internet et Téléphonie

 

Les années 2000 ont vu l’émergence de nouveaux formats : des séries sont créées spécialement pour Internet et surtout pour les téléphones mobiles (au Japon). Par rapport aux décennies précédentes on produit également beaucoup plus de court-métrages. Les techniques d’animation ne changent pas beaucoup. Les Japonais ont du mal à lâcher le dessin traditionnel. Ils utilisent tout de même l’outil informatique pour toute la partie technique de dessin animé (colorisation, assemblage de l’animation..). Parfois certains réalisateurs concèdent l’utilisation d’images de synthèse, mais dans la grande majorité ils restent très attachés au dessin traditionnel.

Actuellement, la production pour la télévision s’est beaucoup améliorée en termes de qualité. Les OAV ont un peu disparu. Ce n’est pas le téléchargement sur Internet qui leur fait du tort (les Japonais ont plutôt tendance à préférer payer légalement …). En fait, c’est plutôt la consommation de séries sur le téléphone qui se développe.


  •   Télévision et Cinéma actuellement

 

En ce qui concerne la télévision, le changement le plus remarquable est l’ouverture de nouveaux créneaux. Jusqu’aux années 1990, les films d’animation passent essentiellement dans la tranche 17h-19h30. A partir du milieu des années 1990, les séries commencent à être diffusées très tard le soir. La génération qui a grandit avec les dessins animés et qui à cette époque commence à travailler peut ainsi continuer à voir des dessins animés en rentrant chez eux en soirée. Les séries sont plus courtes, mais aussi plus élaborées. Une fois diffusées, elles sortent rapidement en vidéo.

Le cinéma se porte bien au Japon. Il sort une vingtaine de films d’animation par an. Jusque là les Japonais ne produisaient que pour le marché japonais, mais, avec le succès de certains réalisateurs hors de leurs frontières (notamment MIYAZAKI), les réalisateurs japonais tiennent de plus en plus compte du marché mondial.

 

 

 

Les films d’animations japonais à la télévision française :

 

  •   L’Arrivée de Goldorak

 

Tout commence officiellement le 3 juillet 1978 avec le premier épisode de Goldorak sur Antenne 2. Il y avait déjà eut d’autres films japonais (le roi Léo, Prince Saphir…) mais ils étaient passés inaperçus de la critique… Il faut se replacer dans le contexte de l’époque… A la télévision on peut voir essentiellement des cartoons, des production de Hanna-Barbera (Scooby Doo, …), ou des histoires merveilleuses tirées de contes. C’est là qu’arrive Goldorak, une série de science-fiction, un peu violente, avec de vrais méchants… La série est décriée, mais c’est tout de suite un énorme succès. Les studios TOEÏ proposent alors d’autres séries : Candy, Albator, Capitaine Flam, Rémi Sans Famille

 

  •   Pourquoi des Films Japonais à la Télévision Française ?

 

A l’époque pour avoir des séries de dessins animés de 26 minutes, il n’y a pas trop de choix soit les États Unis, soit le Japon. En France on ne sait pas faire de séries de plus de 5 minutes (Chapi Chapo…). Ou plutôt on a le savoir-faire, mais pas le modèle économique (financement,…). D’ailleurs les premières séries françaises sont soit sous-traitées au japon (Il était une fois la vie ,…), avec la participation d’autres pays européens, soit des coproduction franco-nippones (Ulysse 31, en 1981). Les Mondes Engloutis est la première série entièrement française (1985). Mais la qualité d’animation est plutôt médiocre.

 

  •   L’Explosion des Séries Japonaises

 

Fin des années 1980, avec la privatisation des chaînes (TF1, Canal+, la 5), la France compte 6 chaînes. La demande de programmes explose. Toutes les chaînes ont un programme jeunesse. Tous vont se servir dans l’immense catalogue japonais, pour une raison simple : ils n’ont pas beaucoup d’autre choix, et surtout ce n’est pas trop cher.

Les chaînes se distinguent cependant par leurs choix. La 5 s’oriente plutôt sur les adaptations littéraires (Les Quatre Filles du Dr March,…), les programmes pour les petites filles (Gigi), ou les séries sportives.

TF1 elle, consacre de très nombreuses heures de programmation destinées à la jeunesse, avec le « Club Dorothée » (a l’époque Dorothée était la présentatrice la plus présente à l’antenne avec des émissions quotidiennes le matin, l’après-midi, le mercredi après-midi presque entier, des soirées spéciales…). Pour les remplir on achetait de très nombreuses séries sans réel choix. Ainsi se côtoyaient des séries comme Juliette je t’aime et Ken, survivant de l’Enfer… Ce sont surtout des choix de programmation inappropriés qui ont donné mauvaise réputation aux films d'animation japonais. En effet, certaines séries auraient mérité des cases horaires différentes au lieu d’être associées aux programmes pour enfant.

Mais, malgré les critiques ces émissions pour enfant ont aussi permis une certaine appropriation de la culture japonaise par la jeunesse française : la France est le pays qui lit le plus de mangas, mis à part le Japon.

 

  •   Le Déclin de l’Animation Japonaise

 

Les mauvais choix de programmation conduisent le CSA à agir. Du jour au lendemain, les chaînes sont dans l’obligation de produire 40 % de programmes français. La France commence alors réellement a créer des dessins animés. Certains s’exportent d’ailleurs. Mais par rapport aux films japonais, ils sont souvent normalisés, subissant une certaine mondialisation (les réalisateurs se permettent moins de fantaisie pour être au goût du plus grand nombre, se sont souvent des épisodes qui ne se suivent pas pour pouvoir être diffusés au bon vouloir des chaînes, dans l’ordre qu’ils veulent… Ce qui contraste avec les séries japonaises dont la force était justement le feuilleton).

Peu à peu l’animation japonaise disparaît des grandes chaînes. La 5 disparaît, France 2 devient une chaîne publique, sur TF1 le Club Dorothée est arrêté (1997). Par la suite, les dessins animés diffusés sont essentiellement français, européens ou américains. Au milieu des années 1990, il n’y a presque plus d’animation japonaise à la télévision.

 

 


Les Films en France

 

  •   Akira

Le premier film qui va marquer les esprits est Akira (1988), réalisé par Hatsuhiro OTOMO et tiré de son propre manga. A l‘époque, c’est le plus gros budget pour un film d’animation au Japon. C’est l’un des très rares films où les voix sont enregistrées avant la réalisation de l’animation, le mouvement des bouches est ainsi réellement calé sur les dialogues. L’animation est très bonne pour l’époque. Le film sort en France en 1991, la critique est dure mais le bouche à oreille lui donne un relatif succès, sachant que très peu de salles le diffusent.


 

 

  • HAYAO MIYAZAKI

 

En 1992 sort au Japon le film Porco Rosso, de MIYAZAKI. Il est primé en 1993 au Festival du Film d’Animation Annecy, il remporte le Prix du Meilleur long métrage. Il sort dans les salles françaises en 1995. Mais on est alors dans la période où les films d’animation japonais sont au pire de leur notoriété. Le film est salué par la critique, mais ne remporte pas vraiment de succès auprès du public. 

       Princesse Mononoké
  Peu à peu, c’est le cinéma qui va redorer le blason du film d’animation japonais, et notamment un réalisateur : MIYAZAKI. En janvier 2000 sort en salle le film Princesse Mononoké. Cette fois le public suit la critique, c’est un très grand succès. Puis vient Le Voyage de Chihiro, c’est la consécration : 1,4 M° d’entrées en France, un Oscar aux Etats-Unis, Un Ours d’Or à Berlin. C’est le plus gros succès cinématographique de tous les temps au Japon (surpassant Titanic) avec 23 millions d'entrées. Au Japon, parmi le top 5 des films qui ont fait le plus d’entrées jusqu’à aujourd’hui on retrouve au moins 3 films de Miyazaki : le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, le Château dans le ciel.
   

 

 

  • Le Retour de l’Animation Japonaise

 

A la fin des années 1990 l’animation japonaise revient grâce à la vidéo, puis surtout au DVD qui permet notamment le choix des langues, le choix des épisodes… (Ex : Evangelion, des Stdios Gainax, 1995). Elle revient également grâce aux chaînes câblées, la TNT, Canal +. (Ex : Cowboy Bebop, Death Note, GTO)

Le public découvre des mangas de « qualité » comme ceux de Taniguchi Jirô, pour les mangas « papier », et les films de Miyazki, Takahata,… au cinéma.

 

Actuellement, la tendance est à la prise de vue réelle de série d’animation qui ont déjà bien fonctionné.


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